Le français à Montréal : qu’ossa donne?

Montréal est une opulence de choses. Non seulement est-elle « une femme », pour citer Ferland, elle est également un haut lieu de création culturelle et/ou culinaire. De plus, la ville aux 1000 clochers occupe une place de choix dans l’échiquier statistique de la francophonie. En effet, elle est considérée comme étant la deuxième ville en importance dans la francophonie. Seul Paris occupe un rang plus enviable. Par contre, la situation de cet hameau francophone dans un océan de locuteurs anglophone témoigne de l’épineuse situation du français..

Dans son ouvrage « L’aménagement linguistique du Québec », Jean-Claude Corbeil définit l’histoire linguistique de la province, en 3 idéologies. L’auteur caractérise l’idéologie comme étant« la conception que se fait un groupe humain à la fois de sa situation et du destin qu’il se trace à lui-même. » (page 16). Pour l’auteur, le Québec a vécu dans une idéologie de conversation, de rattrapage et de dépassement. Les deux premières se déroulant entre 1840 et 1960 fait en sorte qu’elles ne seront que mentionnées dans cette synthèse. Par contre, la troisième époque, celle du dépassement, cadre parfaitement avec le but de cet article. Celle-ci est étroitement liée à la Révolution tranquille, durant laquelle le gouvernement Lesage mettait de l’avant la notion du Maîtres chez nous. Les décennies qui ont suivi ce changement ont vu la naissance des lois linguistiques, en plus d’être le théâtre de tensions entre les différentes populations de la ville. Mentionnons par exemple le tollé suscité par l’apposition du nom de la reine Elizabeth sur un hôtel en construction, à l’époque. Une autre mention pourrait par ailleurs faire état de cette vision de citoyens de seconde zone qui affligeait la population francophone et qui était mise de l’avant par les grands magasins de l’époque, joyaux de la couronne financière anglophone. Une déclaration du président du Canadien National de l’époque, Donald Gordon, avait également eu l’effet d’une bombe. Gordon avait exprimé un doute quant aux capacités de gestion des francophones. En guise de réponse, une manifestation monstre s’était emparée des rues de Montréal.

La première loi linguistique, la loi 63, qui fut promulguée en 1969, avait pour mission de rendre obligatoire le fait de fréquenter une école française. Cette année-là, cette envie d’obligation s’était même rendue jusqu’aux grilles de l’Université McGill, fleuron de l’intelligentsia anglophone de Montréal. C’était l’époque du McGill français. Certains groupes d’allégeance nationaliste voyaient d’un très mauvais œil le fait que l’institution jouisse de subventions gouvernementales, malgré le fait qu’elle ne distribue pas ses cours dans la langue de Molière.

Quelques années plus tard, le gouvernement Bourassa promulgue la loi 22, en 1974. Cette loi ne fut toutefois pas la panacée. Les anglophones étaient indignés de faire subir des tests linguistiques à leurs enfants. De leur côté, les nationalistes francophones n’avaient qu’un rêve : un Québec français. Cet objectif a mené à la mise en chantier de la Charte de la Langue Française, ou la Loi 101. Montréal et sa population étaient le public cible de cette loi. Dans une allocution prononcée lors d’un colloque portant sur la loi 101 et intitulée « L’évolution récente de la politique de la langue dans l’administration publique québecoise », Guy Rocher explique que la Loi 101 avait 2 intentions, lors de sa promulgation. La première fut l’intention politique de la loi, soit « franciser le Québec » (Rocher, page 103) alors que la seconde fut plutôt de montrer la « préoccupation du législateur pour la qualité de la langue utilisée » (page 103). Dans une allocution prononcée le 30 septembre 1979, le docteur Camille Laurin, ministre d’État au développement culturel, déclarait que le français, « langue du Québec, recouvre rapidement la situation de choix qui aurait toujours dû être la sienne. » (page 17).

Cette ambition de faire de la langue de Molière l’unique lingua franca de la province « découle du fait que, sous l’influence du commerce et de l’industrie, le français s’est trouvé en concurrence avec l’anglais pour atteindre progressivement le statut de langue dominée » (Corbeil, page 49). La Charte de la langue française n’est pas non plus une structure immuable, à l’abri de toutes menaces. Au contraire, elle doit faire face à des menaces venant autant de l’extérieur que de l’intérieur. Pour Michel Plourde, la menace extérieure porte l’insigne de la Charte canadienne des droits et liberté, alors que la menace interne est reflétée par « le danger de l’inconscience chez les jeunes Québecois. » (page 25) et leur forte envie à s’abreuver de médias anglophones. Le docteur Laurin prend également la peine d’ajouter qu’il souhaitait voir « se généraliser l’emploi d’une langue de bonne qualité, à l’image de ce Québec que nous souhaitons tant. ».Si ce vœu exprimé par le ministre est fort louable, il n’en demeure pas moins qu’il est loin de la coupe aux lèvres. Bien sûr, plusieurs locuteurs francophones ont le respect de leur langue. À l’opposé, d’autres émetteurs francophones semblent séduits par l’appel incessant des sirènes anglophones. La langue est une fleur qui se fane lorsqu’on ne prend aucunement soin d’elle. Au lieu de jouir de la lumière solaire, elle ne fait que s’écraser sous le poids grandissant du bitume intellectuel montréalais. Pour conclure cette synthèse, une paraphrase de Maïmonide s’impose : « Donne un groupe de mots à un homme, il parlera un jour. Apprends-lui à aimer sa langue, il la parlera, avec qualité, toute sa vie. ».

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